Le glas du patriarcat a enfin sonné. L'image du père tout puissant, souvent violent, rentrant du travail et s'installant dans Son canapé, fumant dans Son salon, buvant devant Sa télé, Sa femme a Son service et Sujette à Ses désirs, appartient désormais au passé et les derniers relents du patriarcat occidental vont disparaître avec les anciennes générations. L'homme veut plus que cela, il se transforme, ses enfants le mettent au défi, sa femme ne fait plus de compromis. La famille moderne n'a plus rien à voir avec la conformité du passé : l'homme et la femme ne restent plus ensemble, simplement parce qu'ils se sont mariés et ont eu des enfants. La famille n'a plus de forme du tout...
Ce que la tradition a dicté, exigé dans le passé ne vaut plus. Fini le temps où les couples restaient ensemble pour des motifs (pseudo)-religieux, incapables de s'apercevoir l'un l'autre, tristes, malheureux et pourtant dormant coûte que coûte avec toute leur animosité respective dans le lit conjugal.
Les nouvelles générations, elles, faute de savoir comment vivre ensemble, se séparent.
D'un extrême à l'autre.
Désorientation
Fini aussi le temps où parents, oncles et tantes, grands-parents et autres cousins aussi éloignés qu'ils soient, vivaient ensemble, dans une même communauté. Les nouveaux lieux d'habitation accueillent aujourd'hui de nouvelles familles, bien plus petites et très nomades, sans grand contact les unes avec les autres, sans racine commune. Et ce patchwork de quartier n'est pourtant qu'un moindre mal vis-à-vis de l'état de la famille enfants/parents: les mères travaillent beaucoup, soit par besoin de reconnaissance, d'indépendance financière, soit par nécessité pour compléter les faibles revenus des pères, s'ils existent, s'ils sont encore là. Les enfants sont de leurs côtés baladés entre nourrices et institutrices: la plupart du temps, séparés de leurs parents et de leurs racines et gavés de matérialisme, de virtualité et de sucreries chimiques en guise de réparation. Quant à ceux qui doivent, en plus, supporter la séparation physique de leurs parents... on est proche du néant affectif.
Ceux qui osent utiliser le terme d'"enfant-roi" dans une société aussi malade ont dû être terriblement maltraité dans leur enfance pour envier ce destin solitaire.
Quel est le rôle de l'homme en tant que père dans cette situation chaotique où rien n'est plus reconnaissable ? Qu'en est-il du père de sang séparé de la mère, qu'en est-il du père adoptif, du père spirituel, et qu'en est-il du nouvel homme dans la famille ou de l'ami qui est toujours présent même si la place qu'il a, aux yeux de la société n'a pas de nom ?
Père: une responsabilité sans équivoque
Quelque soit leur position, leur statut, ces hommes sont pères, pères de coeur et leur rôle est de s'orienter inexorablement aux besoins de leurs enfants ! Et ces besoins, eux, sont les mêmes depuis des millénaires, ce sont ceux que chaque homme avait dans leur enfance, un point de repère immuable pour prendre assurément les responsabilités de père.
La règle d'or de tout père, c'est de reconnaître que l'enfant a besoin de sa mère. Une mère présente physiquement et spirituellement, toujours là. Elle est et reste la personne principale, celle qui donne la vie, celle qui soigne et qui console. L'homme a cette toute première responsabilité de protéger cet espace d'amour mère-enfant de l'extérieur et de le respecter lui-même. C'est dans cet espace que l'enfant s'épanouira dans sa vie intérieure.
C'est uniquement sous cette condition que l'homme reçoit le rôle de père, et c'est la mère qui le lui donne. En lui offrant sa confiance, elle ouvre la porte à une relation père-enfant, et ceci quelque soit les liens sanguins qui les unissent et quelque soit la forme de la relation père-mère. Cette confiance sera la base de l'évolution de l'enfant dans le monde extérieur où il prendra instinctivement son père comme guide, comme soutien, comme exemple à suivre et comme protection et secours.
Présence et conscience
Adoubé de cet honneur, il nous suffira bien souvent d'être simplement attentif pour pouvoir reconnaître, quelle mission est venu nous apporter le jour nouveau. Guider, accompagner nos enfants dans leur évolution, en respectant les pas qu'ils ont décidé de faire; les soutenir dans les choix qu'ils font, car ils sont indubitablement des personnes à part entière; prendre nos responsabilités en tant qu'adultes dans notre sein familial et au contact des autres, un comportement que nos enfants ne cesseront alors d'imiter pour grandir; et surtout protéger nos enfants dans les situations qui leur sont difficiles: la confiance d'un enfant pour son père y est chaque fois mis en jeu. Soyons présents.
Mais il nous faut aussi affronter intérieurement les redoutables effets de notre inconscient, qui nous fait réagir démesurément contre nos enfants. Nous devons regarder attentionnément chaque actions, réactions, interactions avec nos enfants et déterminer dans quelle mesure nous agissons pour lui ou contre lui. "Contre lui", quoi qu'on en dise, ça ne signifie JAMAIS "pour son bien"! Ne nous laissons pas rattraper par ces maximes, expressions toutes faites, justifiant une punition ou une mauvaise remarque et reproduites désemparément. Reconnaissons ces erreurs que nous faisons chaque jour au risque de les répéter sans cesse. Un enfant heureux est avant tout un enfant qui développe une forte confiance en soi en expérimentant et donc inévitablement et heureusement, en faisant des soi-disant "fautes". Il a besoin de respect et d'accompagnement. Écoutons notre cœur et soyons conscients.
Cadeaux du ciel
Nos enfants sont nos miroirs, ils nous imitent et nous montrent ce que nous faisons, ils souffrent et nous montrent ce que nous avons fait, et ils nous montrent ce que nous devons faire pour les soutenir dans leur évolution. Nos enfants sont actifs, ils travaillent chaque jour à comprendre notre monde et nous ouvrent les yeux, là où nous n'avons jamais osé regarder. Ils sont autant de cadeaux du ciel pour notre développement spirituel et relationnel, respectons-les et aimons-les comme des êtres précieux. Par eux, nous réapprendront à vivre ensemble.



